La transmission d’entreprise en France en 2026 : entre tsunami démographique et nouvelles opportunités
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- 13 Jan, 2026
- Transmettre et Réussir
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La transmission d’entreprise en France en 2026 : entre tsunami démographique et nouvelles opportunités
Par Louis Menard, Président du réseau Transmettre et Réussir
L’année 2026 représente un tournant décisif pour l’économie française. Nous assistons à la convergence de trois phénomènes majeurs : le pic des départs à la retraite des baby-boomers dirigeants, une transformation profonde des modalités de transmission, et l’émergence de nouveaux profils de repreneurs. En tant qu’acteur de terrain depuis plusieurs années, je suis témoin au quotidien de cette mutation sans précédent qui façonne l’avenir de notre tissu entrepreneurial.
L’urgence démographique : un défi de taille
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et dessinent un tableau saisissant. Nous sommes au cœur du papy-boom, cette vague massive de départs à la retraite des générations nées entre 1946 et 1964. En France, la génération des baby-boomers sera entièrement à la retraite d’ici 2030, avec plus de 600 000 personnes qui franchissent ce cap chaque année depuis 2012.
Pour le monde de l’entreprise, les implications sont considérables. Selon les estimations de Bpifrance Le Lab, pas moins de 370 000 TPE, PME et ETI devront trouver un repreneur d’ici 2030, soit environ 60 000 transmissions annuelles. Cette dynamique représente un enjeu économique majeur avec 3 millions d’emplois concernés. Pourtant, un constat s’impose : au rythme actuel, seules 130 000 entreprises seront effectivement transmises dans les cinq prochaines années, laissant un déficit préoccupant.
Le profil démographique des dirigeants confirme cette urgence. Plus de 23 % des dirigeants de PME et ETI ont aujourd’hui 60 ans et plus, contre moins de 15 % en 2005. Dans certains secteurs comme l’industrie, plus de 35 % des PME pourraient changer de mains d’ici 2030. Le commerce de proximité n’est pas en reste, avec plus de 40 % des transmissions concernant ce secteur vital pour nos territoires.
Au sein de notre réseau Transmettre et Réussir, nous accompagnons chaque année plus de 650 entreprises dans leur projet de transmission ou de reprise. Cette expérience de terrain nous permet d’affirmer que l’enjeu n’est pas seulement quantitatif, il est aussi qualitatif. Chaque entreprise qui ne trouve pas de repreneur, c’est un savoir-faire qui disparaît, des emplois menacés, et un territoire fragilisé.
Les nouveaux visages de la reprise
Face à ce tsunami démographique, une évolution majeure se dessine : la transformation des profils de repreneurs et des modalités de transmission. Fini le temps où la reprise d’entreprise était réservée à une élite financière ou aux héritiers familiaux. Nous observons une démocratisation et une diversification remarquables.
La reprise par les salariés : une alternative en plein essor
L’une des tendances les plus prometteuses est sans conteste la montée en puissance de la reprise par les salariés. Cette formule, notamment à travers le statut de SCOP (Société Coopérative et Participative), connaît un développement significatif. En 2022, 19 % des créations de nouvelles coopératives étaient issues d’une transmission d’entreprise saine, représentant 40 nouvelles coopératives et 460 emplois sauvegardés.
Pourquoi ce succès ? Les raisons sont multiples. Les salariés connaissent parfaitement l’entreprise, ses clients, ses fournisseurs et ses process. Ils sont immédiatement opérationnels et portent en eux la culture de l’entreprise. Pour le cédant, c’est l’assurance de transmettre son œuvre à des personnes de confiance qui préserveront l’emploi et le savoir-faire. Les statistiques sont d’ailleurs éloquentes : une entreprise transmise en SCOP affiche un taux de pérennité à 5 ans de 76 %, contre 61 % au plan national.
La loi de 2014 relative à l’économie sociale et solidaire a facilité ces opérations avec la création de la SCOP d’amorçage, permettant un transfert progressif du capital aux salariés sur sept ans. Des outils financiers spécifiques ont également été développés : prêts participatifs, titres participatifs, contre-garanties, fonds d’intervention. Autant de leviers qui rendent ces opérations financièrement viables.
L’évolution des profils : femmes, jeunes et repreneurs stratégiques
Au-delà des SCOP, nous constatons une diversification encourageante des profils de repreneurs. La part des femmes repreneuses est passée de 15 % à 25 % en cinq ans. Les jeunes entrepreneurs de moins de 35 ans s’intéressent de plus en plus à la reprise plutôt qu’à la création pure, conscients des avantages d’une structure déjà établie : clientèle existante, équipes en place, process rodés.
Une autre tendance forte est celle de la croissance externe. De nombreux dirigeants d’entreprises déjà établies voient dans la vague de transmissions une opportunité unique de croître rapidement en rachetant leurs concurrents ou des entreprises complémentaires. Cette stratégie permet de consolider sa position sur le marché, d’acquérir de nouveaux clients et de réaliser des économies d’échelle. C’est d’ailleurs l’un des axes que nous développons activement au sein de Transmettre et Réussir.
Les dispositifs d’accompagnement en 2026 : un écosystème renforcé
Face à l’ampleur du défi, l’écosystème d’accompagnement s’est considérablement structuré. Les pouvoirs publics, les réseaux consulaires et les acteurs privés ont multiplié les initiatives.
Les aides financières
Bpifrance a développé une gamme complète de prêts et garanties dédiés à la transmission. Les dispositifs comme les prêts transmission permettent de financer jusqu’à 40 % du prix d’acquisition sans garantie personnelle. Les régions complètent ces dispositifs avec leurs propres aides, comme les avances remboursables ou les prêts participatifs.
Les réformes fiscales récentes ont également facilité les opérations. Le dispositif Dutreil permet une exonération partielle de droits de mutation à titre gratuit sur les transmissions familiales. Pour les cédants, l’abattement fiscal sur les plus-values de cession a été prolongé, réduisant significativement la fiscalité lors de la vente.
L’accompagnement opérationnel
Les Chambres de Commerce et d’Industrie, à travers leur offre nationale de services, garantissent une homogénéité des prestations sur tout le territoire. Elles proposent des actions d’information, d’accompagnement des porteurs de projet, et des plateformes de mise en relation comme Transentreprise.
Chez Transmettre et Réussir, nous avons fait le choix d’un modèle sans commission, considérant que l’accès à la transmission ne doit pas être un luxe réservé à quelques-uns. Notre réseau, qui diffuse une newsletter à plus de 250 000 entrepreneurs, permet d’identifier des opportunités souvent hors du marché traditionnel. Nous mettons à disposition des repreneurs une stratégie performante utilisant les derniers outils de sourcing et d’intelligence artificielle pour dénicher les meilleures opportunités avant la concurrence.
La professionnalisation des acteurs
Une évolution notable est la professionnalisation croissante du secteur. Le réseau des CCI propose désormais deux certifications reconnues par l’État pour former les conseillers en transmission-reprise. Les unions régionales de SCOP accompagnent les projets de bout en bout, du diagnostic initial à la structuration juridique et financière.
Cette professionnalisation est essentielle car la transmission reste un processus complexe. Notre enquête annuelle auprès de 100 000 dirigeants révèle que 41 % d’entre eux n’ont aucune connaissance du processus. Même à 65 ans et plus, un tiers des dirigeants ne se préoccupe pas encore de ce sujet, estimant qu’il est “trop tôt pour y penser”. C’est dire l’ampleur du travail de sensibilisation qui reste à accomplir.
Les défis persistants
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles demeurent. Le financement reste le principal frein pour 70 % des repreneurs. L’accès aux fonds propres et l’obtention de prêts bancaires constituent des enjeux cruciaux, en particulier pour les jeunes repreneurs ou les projets de reprise collective.
Un autre défi majeur est le déséquilibre entre l’offre et la demande. Les statistiques montrent un ratio inquiétant : en moyenne 7 cédants pour 1 repreneur. Cette situation peut entraîner une baisse de la valorisation des entreprises et décourager certains dirigeants de céder.
La préparation insuffisante des transmissions constitue également un frein. Seulement 15 % des dirigeants préparent leur succession plus de deux ans à l’avance, alors que les experts recommandent un délai de trois à cinq ans pour optimiser les chances de succès.
2026 : l’année de toutes les opportunités
Loin d’être une fatalité, cette vague de transmissions représente une opportunité historique pour notre économie. C’est le moment idéal pour les entrepreneurs ambitieux de se positionner sur le marché, que ce soit pour leur première reprise ou dans le cadre d’une stratégie de croissance externe.
Les secteurs porteurs sont nombreux. Au-delà de l’industrie et du commerce traditionnel, nous voyons émerger des opportunités majeures dans la cybersécurité, les services B2B (informatique, maintenance, conseil), les métiers de la transition écologique, ou encore les services à la personne, secteur en pleine expansion avec le vieillissement de la population.
Pour les repreneurs, c’est aussi l’occasion de bâtir un projet qui a du sens. Reprendre une entreprise, c’est préserver des emplois, perpétuer un savoir-faire, s’ancrer dans un territoire. C’est aussi bénéficier d’une base solide pour développer sa propre vision entrepreneuriale, sans partir de zéro.
Conclusion : agir maintenant
Le constat est clair : 2026 n’est pas une année comme les autres. C’est un moment charnière où se joue l’avenir de milliers d’entreprises et de millions d’emplois. Le défi est immense, mais les solutions existent. Les dispositifs sont en place, les acteurs sont mobilisés, et de nouveaux modèles émergent.
En tant qu’acteurs de l’écosystème de la transmission, nous avons une responsabilité collective : celle de faire en sorte que chaque entreprise qui le mérite trouve un repreneur, que chaque savoir-faire soit préservé, que chaque emploi soit sauvegardé.
Aux dirigeants seniors, je dis : n’attendez pas. Préparez dès maintenant votre transmission, même si vous pensez qu’il est encore tôt. Trois à cinq ans, c’est le temps nécessaire pour optimiser votre démarche et trouver le bon repreneur.
Aux repreneurs potentiels, je dis : c’est votre moment. Les opportunités n’ont jamais été aussi nombreuses, et les outils pour vous accompagner n’ont jamais été aussi performants. Que vous soyez salarié désireux de reprendre votre entreprise, jeune entrepreneur en quête de votre première acquisition, ou dirigeant cherchant à grandir par croissance externe, 2026 est votre année.
Au sein de Transmettre et Réussir, nous sommes convaincus que la transmission d’entreprise n’est pas seulement un enjeu économique. C’est un acte de transmission de valeurs, de compétences, de liens humains. C’est la garantie que le travail d’une vie continue, que l’aventure entrepreneuriale se perpétue, que nos territoires restent vivants.
La vague de transmissions de 2026 peut être un tsunami destructeur ou une opportunité de renouveau. À nous tous, collectivement, de faire pencher la balance du bon côté.
À propos de l’auteur
Louis Menard est président du réseau Transmettre et Réussir, qui a accompagné plus de 650 entreprises dans leurs projets de transmission et de reprise. Fort d’une expérience de huit ans comme consultant en procédures collectives puis de dirigeant d’entreprise, il a créé le réseau pour faciliter la transmission d’entreprise en France et rendre ce processus accessible à tous, sans commission. Le réseau diffuse une newsletter à plus de 250 000 entrepreneurs et propose des outils innovants de sourcing basés sur l’intelligence artificielle.
Contact : transmettre-et-reussir.fr
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